Progiciel de production ou agent installé : ce que chacun couvre vraiment.
La réponse courte
Un progiciel range et calcule selon des règles écrites à l'avance. Un agent traite ce qui n'était pas prévu : il lit une pièce inconnue, en tire une conséquence et agit. Les deux ne se remplacent pas. L'agent s'installe par-dessus le progiciel existant et lui parle.
Quels outils un cabinet a-t-il réellement le choix d'acheter ?
Cinq familles, souvent confondues sous le mot « logiciel ». Elles ne résolvent pas le même problème, et aucune ne rend les autres inutiles.
| Famille | Ce qu'elle fait | Ce qu'elle ne fait pas | Ce qu'elle coûte vraiment |
|---|---|---|---|
| Progiciel de production | Tient les dossiers, la révision, la déclaration, les temps et la facturation | Rien qui ne soit pas prévu par ses écrans | Un abonnement par utilisateur, et le coût de sortie |
| Gestion électronique de documents | Stocke, indexe et retrouve les pièces selon une arborescence | Comprendre le contenu d'une pièce et en tirer une conséquence | Un abonnement, et surtout la reprise de l'existant |
| Automatisation par règles | Enchaîne des actions selon des conditions écrites à l'avance | Traiter un cas qui n'entre dans aucune règle prévue | Peu cher à l'achat, cher à maintenir quand les règles se multiplient |
| IA générative grand public | Rédige, résume et reformule à partir de ce qu'on lui donne | Accéder aux dossiers du cabinet sans les faire sortir | Un abonnement modeste, et un risque juridique majeur en cabinet |
| Agent installé | Lit les pièces réelles du cabinet, en tire une conséquence et agit sous validation | Remplacer le progiciel de production, qu'il utilise au contraire | Une installation forfaitaire, une maintenance légère, du matériel |
Quelle est la vraie différence entre un progiciel et un agent ?
Elle ne tient ni à la technologie ni au prix. Elle tient à ce qui se passe quand la situation n'était pas prévue.
Le progiciel exécute une règle
Il fait exactement ce que ses écrans prévoient, très bien, et de façon parfaitement reproductible. Face à un cas non prévu, il n'échoue pas : il n'a simplement pas d'écran pour ça, et le travail retombe sur le collaborateur.
L'agent traite un cas
Il lit une pièce qu'il n'a jamais vue, détermine de quoi il s'agit, la rattache, en tire une action et la propose. C'est cette capacité à traiter le non prévu qui demande de l'intelligence artificielle, pas la vitesse d'exécution.
Ils travaillent ensemble
L'agent lit dans le progiciel ce dont il a besoin et y écrit ce qu'il produit. Un cabinet qui devrait changer de progiciel pour automatiser un process paierait le changement de progiciel, pas l'automatisation.
La règle qui évite l'achat inutile
Si le travail est répétitif, prévisible, et que le progiciel en place a déjà un écran pour le faire, alors le problème est de paramétrage ou de formation. Acheter un outil de plus ne le réglera pas, et c'est le cas le plus fréquent que nous rencontrons en audit.
Comment savoir lequel vous manque vraiment ?
Quatre questions, dans cet ordre. Elles évitent la faute la plus coûteuse du secteur : acheter un outil pour un problème qui vient d'ailleurs.
- Question 1
Le travail est-il répétitif et prévisible ?
Si oui, et si le progiciel en place a un écran pour ça, le problème est un problème de paramétrage ou de formation, pas d'outil. C'est de loin le cas le plus fréquent, et le moins cher à régler.
- Question 2
Faut-il comprendre le contenu d'une pièce ?
Lire un courrier, déterminer de quel client il s'agit, repérer qu'une attestation manque : aucune règle écrite à l'avance ne couvre la variété réelle des pièces reçues. C'est là qu'un agent apporte quelque chose.
- Question 3
La pièce est-elle identifiable ?
Si oui, l'outil doit s'exécuter dans le cabinet ou chez un hébergeur européen sous contrat. Cette réponse élimine à elle seule la famille des IA génératives grand public, quel que soit leur confort d'usage.
- Question 4
Le gain se mesure-t-il ?
Un process dont on ne sait pas dire ce qu'il coûte aujourd'hui ne saura pas dire ce qu'il a rapporté demain. On installe d'abord celui qui se compte, même s'il n'est pas le plus spectaculaire.
Les quatre questions posées avant d'acheter
Faut-il changer de logiciel de production pour installer une IA ?
Non, et c'est une condition que nous posons dès le premier appel. L'agent s'installe à côté des outils existants et leur parle : il lit dans le progiciel ce dont il a besoin et y écrit ce qu'il produit. Un cabinet qui devrait changer de progiciel pour automatiser une relance paierait le changement de progiciel, pas l'automatisation, avec le coût de reprise et la perte d'habitudes que cela suppose. Si le progiciel n'expose aucun moyen de lecture, on part d'un export ou d'un tableau tenu par le cabinet.
Un logiciel de gestion interne suffit-il à un cabinet d'expertise comptable ?
Pour tenir les dossiers, la révision, les déclarations, les temps et la facturation, oui : c'est exactement ce pour quoi il est conçu, et aucun agent ne fera mieux. Ce qu'il ne couvre pas, ce sont les tâches qui commencent avant lui et se terminent après : comprendre un courrier entrant, savoir quelle pièce manque à quel dossier, préparer une note à partir d'un entretien. Ces tâches occupent une part importante de la semaine et n'apparaissent dans aucun écran du progiciel.
Quelle différence entre automatisation par règles et agent IA ?
Une automatisation par règles enchaîne des actions selon des conditions écrites à l'avance : si tel champ vaut ceci, alors faire cela. Elle est fiable, peu chère et parfaitement adaptée aux flux stables. Elle devient ingérable quand les cas particuliers se multiplient, parce que chaque exception ajoute une règle, et que les règles finissent par se contredire. Un agent traite la variété sans qu'on l'ait décrite à l'avance, au prix d'une validation humaine qu'il faut conserver.
Comment savoir si le problème vient de l'outil ou de l'organisation ?
En regardant si le travail à automatiser est répétitif et prévisible. S'il l'est, et que le progiciel en place a déjà un écran pour le faire, alors le problème est un problème de paramétrage, de formation ou de répartition, et acheter un outil de plus ne le réglera pas. C'est ce que nous vérifions en premier pendant l'audit, et c'est la raison pour laquelle certains audits se concluent par une recommandation qui ne nous fait rien vendre.
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Savoir si votre problème est un problème d'outil prend trente minutes
On regarde ce que fait déjà votre progiciel, ce qui reste à la main, et on vous dit si un agent apporte quelque chose. Parfois la réponse est non.
Qui écrit cette page
Kiswen Nikiema
Fondateur de Process Efficace (Kiem'Group)
Ex-OCTO Technology (Accenture), business developer et consultant IA. Il cadre les usages d'IA des cabinets soumis au secret professionnel : ce que le cabinet a le droit d'automatiser, avec quel hébergement, et ce qui doit rester entre des mains humaines.
- Ex-OCTO Technology (Accenture)
- Consultant IA depuis 2022
Page revue chaque trimestre, et à chaque évolution du droit applicable.