IA Act : ce que le règlement européen impose à un cabinet de moins de vingt personnes.
La réponse courte
Un cabinet qui utilise l'IA est un déployeur, pas un fournisseur : ses obligations sont limitées mais réelles. Former les équipes, ne pas recourir aux pratiques interdites, signaler les contenus générés, et respecter le régime renforcé si l'IA sert au recrutement ou à l'évaluation du personnel.
Depuis quand le règlement européen s'applique-t-il ?
Le règlement (UE) 2024/1689 n'est pas entré en vigueur d'un bloc. Il s'applique par étapes depuis août 2024, et la marche qui concerne les cabinets est passée le 2 août 2026.
| Date | Ce qui s'applique | Ce que ça change pour un cabinet |
|---|---|---|
| 1er août 2024 | Entrée en vigueur du règlement | Rien encore : le texte existe, ses obligations sont différées |
| 2 février 2025 | Pratiques interdites et obligation de littératie IA | Les équipes qui utilisent l'IA doivent comprendre ce qu'elles utilisent |
| 2 août 2025 | Obligations des modèles à usage général | Elles pèsent sur les éditeurs de modèles, pas sur le cabinet |
| 2 août 2026 | Application générale, dont les obligations de transparence | Un contenu généré et publié doit être signalé comme tel |
| 2 août 2027 | Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés | Sans objet pour la quasi-totalité des cabinets |
Un cabinet est-il fournisseur ou déployeur ?
C'est la distinction qui décide de presque tout. La quasi-totalité des cabinets sont des déployeurs, et le régime du déployeur est bien plus léger que celui du fournisseur.
Fournisseur
Celui qui met le système sur le marché
Il conçoit ou fait concevoir un système d'IA et le met à disposition sous son nom. Il porte la documentation technique, l'évaluation de conformité et la gestion des risques. Un cabinet qui se contente d'utiliser un outil n'entre pas dans cette catégorie.
Déployeur
Celui qui utilise le système sous son autorité
C'est le régime du cabinet. Les obligations sont d'usage : suivre la notice, confier la surveillance humaine à des personnes compétentes, informer les personnes concernées, et former les équipes. Elles se documentent, elles ne s'auditent pas.
Le basculement
Quand un cabinet redevient fournisseur
Un déployeur qui appose sa marque sur un système, le modifie substantiellement ou en change la destination redevient fournisseur au sens du règlement. C'est rare en cabinet, mais c'est le point à vérifier avant de revendre un outil interne à un confrère.
Qu'est-ce que le règlement impose à un cabinet de moins de vingt personnes ?
Quatre obligations, dont trois se remplissent avec des documents que le cabinet a déjà, ou qu'un cadrage écrit produit en une demi-journée.
- Obligation 1
La littératie IA des équipes
L'article 4 impose de prendre des mesures pour que les personnes qui utilisent l'IA au nom du cabinet en aient une compréhension suffisante : ce que fait l'outil, ses limites, et ce qu'il ne faut pas lui donner. Une session de formation tracée et une charte écrite suffisent à en rendre compte.
- Obligation 2
L'abstention des pratiques interdites
L'article 5 interdit notamment la notation sociale et la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail. Aucun cabinet n'y va volontairement, mais un outil de « mesure de l'engagement » des collaborateurs peut y tomber sans qu'on l'ait cherché.
- Obligation 3
La transparence sur les contenus
Depuis le 2 août 2026, un contenu généré ou manipulé par une IA et publié doit être signalé comme tel, sauf lorsqu'il a fait l'objet d'une relecture humaine avec responsabilité éditoriale. Un courrier signé par le professionnel entre dans l'exception ; un article de blog publié tel quel, non.
- Obligation 4
Le régime renforcé pour les usages à haut risque
Si l'IA sert au recrutement, à l'affectation des tâches, à l'évaluation ou à la promotion des collaborateurs, l'annexe III la classe à haut risque. Le cabinet doit alors informer les personnes concernées et leurs représentants, confier la surveillance à quelqu'un de compétent et conserver les journaux du système.
La preuve de conformité en quatre pièces
Une charte d'utilisation datée et signée, un registre des usages qui dit quel agent lit quoi, la trace des sessions de formation, et le document de cadrage qui fixe les validations humaines. Ces quatre pièces répondent à la fois au règlement européen et au RGPD.
Quelles sanctions en cas de manquement ?
Les plafonds annoncés sont ceux des grandes entreprises. Le règlement prévoit expressément un régime adapté pour les petites structures, et ce n'est pas là que se joue le risque réel d'un cabinet.
L'article 99 fixe trois plafonds : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour le recours à une pratique interdite, jusqu'à 15 millions ou 3 % pour les autres manquements, et jusqu'à 7,5 millions ou 1 % pour la communication d'informations inexactes aux autorités. Pour les petites et moyennes entreprises, c'est le montant le plus faible des deux qui s'applique, et non le plus élevé.
Dit autrement : un cabinet de dix personnes ne se réveillera pas avec une amende à sept chiffres. Le risque réel est ailleurs, et il est double. D'abord le risque disciplinaire et pénal du secret professionnel, qui existait avant le règlement et qui reste la première exposition d'un cabinet. Ensuite le risque contractuel, quand un client découvre qu'une pièce le concernant a été traitée par une IA sans qu'il en ait été informé.
La bonne façon de lire le règlement n'est donc pas défensive. Les documents qu'il demande, la charte, le registre des usages, la trace de la formation, sont exactement ceux qu'un cabinet doit produire pour prouver qu'il a maîtrisé le trajet de ses données. Ils servent deux fois.
Les cinq questions posées sur le règlement
L'IA Act s'applique-t-il à un cabinet de dix personnes ?
Oui, mais en qualité de déployeur, ce qui est le régime le plus léger du règlement. Concrètement, quatre obligations. Assurer une compréhension suffisante des outils par les personnes qui les utilisent, au titre de l'article 4, applicable depuis le 2 février 2025. Ne recourir à aucune pratique interdite par l'article 5. Signaler les contenus générés par IA qui sont publiés, depuis le 2 août 2026. Et appliquer le régime renforcé de l'annexe III si l'IA touche au recrutement ou à l'évaluation des collaborateurs.
Quelle formation IA Act faut-il mettre en place ?
Le règlement ne prescrit ni durée, ni programme, ni organisme : il demande un niveau de littératie suffisant au regard des outils utilisés et du contexte. Pour un cabinet, cela signifie que chaque personne qui utilise l'IA sait ce que fait l'outil, ce qu'il ne sait pas faire, ce qu'il ne faut jamais lui donner, et à qui s'adresser en cas de doute. Une session interne d'une heure, une charte écrite signée et un référent désigné constituent une preuve raisonnable de conformité.
Faut-il déclarer l'usage de l'IA à une autorité ?
Aucune déclaration préalable n'est prévue pour un déployeur qui utilise des systèmes à risque minimal, ce qui couvre la quasi-totalité des usages d'un cabinet. Les obligations d'enregistrement dans la base de données européenne visent les fournisseurs de systèmes à haut risque, et certains déployeurs publics. En revanche, le traitement de données personnelles reste soumis au RGPD : il doit figurer au registre des traitements du cabinet, qui n'est pas une déclaration mais un document tenu en interne.
Un courrier rédigé avec l'IA doit-il porter une mention ?
L'obligation de transparence de l'article 50 vise les contenus générés ou manipulés qui sont diffusés, et prévoit une exception quand le contenu a fait l'objet d'un contrôle humain avec responsabilité éditoriale. Un courrier préparé par un agent puis relu, corrigé et signé par le professionnel entre dans cette exception : c'est le professionnel qui en répond. Un contenu publié sans relecture, en revanche, doit être signalé comme généré par une IA.
Que faut-il conserver comme preuve de conformité ?
Quatre pièces suffisent à documenter un cabinet de taille courante. La charte d'utilisation de l'IA, datée et signée par l'équipe. Le registre des usages, qui dit quel agent lit quelles données, pour quelle finalité et pendant combien de temps. La trace des sessions de formation, avec la liste des participants. Et le document de cadrage qui décrit les validations humaines exigées sur les actions sensibles. Ce sont les documents que nous remettons systématiquement en fin d'installation.
Pour aller plus loin
- La charte d'utilisation de l'IALe modèle à adapter, article par article, et ce qu'il doit contenir.Lire la page
- Agents IA en cabinet : c'est légal ?Trois scénarios d'usage, du franchement interdit au conforme.Lire la page
- ChatGPT en cabinetCe que vous avez le droit de faire, et ce qui vous expose.Lire la page
Mettre votre cabinet en conformité prend une demi-journée
Charte, registre des usages, trace de formation et document de cadrage : les quatre pièces sortent du même travail que l'installation. On commence par l'audit gratuit.
Qui écrit cette page
Kiswen Nikiema
Fondateur de Process Efficace (Kiem'Group)
Ex-OCTO Technology (Accenture), business developer et consultant IA. Il cadre les usages d'IA des cabinets soumis au secret professionnel : ce que le cabinet a le droit d'automatiser, avec quel hébergement, et ce qui doit rester entre des mains humaines.
- Ex-OCTO Technology (Accenture)
- Consultant IA depuis 2022
Page revue chaque trimestre, et à chaque évolution du droit applicable.
Sources et références
- Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle
- Commission européenne, calendrier d'application du règlement sur l'IA
- CNIL, intelligence artificielle et protection des données
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), registre des traitements (article 30)