ChatGPT dans un cabinet : ce que vous avez le droit de faire, et ce qui vous expose.
La réponse courte
Un cabinet peut utiliser ChatGPT, mais jamais sur une pièce identifiable depuis un compte grand public : c'est une violation du secret professionnel, punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende. Trois usages restent conformes : données pseudonymisées, offre entreprise sous contrat, ou modèle exécuté localement.
Un cabinet a-t-il le droit d'utiliser ChatGPT ?
La question n'appelle ni un oui ni un non. Elle appelle trois réponses, selon ce qu'on met dans la fenêtre de saisie et selon le compte utilisé.
Interdit
Compte personnel, pièce nominative
Coller un bilan, une liasse, des conclusions ou un dossier patrimonial avec le nom du client dans un compte gratuit ou personnel. La donnée sort du cabinet vers un tiers non autorisé : la violation est constituée dès la saisie, même si personne ne la lit jamais.
Admis sous conditions
Pseudonymisation ou offre entreprise
Travailler sur des données dont les identifiants directs ont été retirés avant la saisie, ou utiliser une offre professionnelle couverte par un contrat de sous-traitance écrit, avec non-réentraînement et rétention encadrée. La responsabilité de la pièce produite reste entière.
Conforme sans réserve
Modèle exécuté dans le cabinet
Faire tourner le modèle sur une machine du cabinet, sans connexion sortante vers un fournisseur d'IA. Aucune donnée ne quitte le périmètre : il n'y a ni transmission, ni sous-traitant, ni question d'extraterritorialité à instruire.
Qu'est-ce qui expose vraiment un cabinet ?
Ce n'est presque jamais une décision : c'est un geste pris dans la journée, par quelqu'un qui voulait aller plus vite. Voici les deux colonnes, telles qu'on les écrit au cadrage.
Ce qui expose le cabinet
- Coller une liasse fiscale ou des conclusions dans un compte gratuit, avec la raison sociale et le nom du dirigeant.
- Téléverser un dossier complet « juste pour un résumé », depuis l'abonnement personnel d'un collaborateur.
- Demander à ChatGPT de rédiger une lettre de mise en demeure en lui donnant l'identité des parties.
- Laisser l'équipe utiliser l'outil sans charte écrite, en pensant que l'interdiction orale suffit à protéger le cabinet.
Ce qui est admis, sous conditions
- Faire relire une clause type, une jurisprudence publiée ou un texte réglementaire : aucune donnée client n'y figure.
- Travailler sur un dossier pseudonymisé, dont les noms, adresses, numéros et montants identifiants ont été substitués avant la saisie.
- Utiliser une offre professionnelle sous contrat de sous-traitance signé, avec clause de non-réentraînement écrite.
- Faire produire un brouillon de courrier générique, relu et signé par le professionnel avant tout envoi.
La règle en une phrase
Si la personne dont il est question pourrait se reconnaître dans ce que vous collez, alors la pièce ne doit pas partir chez un tiers sans contrat. Cette phrase suffit à trancher la quasi-totalité des cas rencontrés en cabinet, sans consulter personne.
Quelle différence entre un compte gratuit et une offre entreprise ?
Le même modèle, quatre régimes juridiques différents. C'est le contrat qui change, pas l'intelligence de l'outil.
| Accès | Réutilisation des saisies | Cadre contractuel | Verdict pour un cabinet |
|---|---|---|---|
| Compte gratuit ou personnel | Prévue par défaut dans les conditions grand public, sauf réglage contraire dans les paramètres | Conditions générales d'adhésion, aucun contrat propre au cabinet | À proscrire sur toute pièce identifiable |
| Offre entreprise du même éditeur | Exclue contractuellement par les conditions professionnelles de l'éditeur | Contrat de sous-traitance possible au sens de l'article 28 du RGPD | Recevable pour les process courants, si le contrat est signé et lu |
| Modèle européen sous contrat | Exclue, avec une rétention nulle négociable | Contrat de droit européen, hébergement et maison mère dans l'Union | Recevable, et sans question d'extraterritorialité |
| Modèle exécuté dans le cabinet | Sans objet : rien n'est transmis | Aucun tiers, donc aucun contrat de sous-traitance à instruire | Le seul régime étanche pour les dossiers sous secret absolu |
Ce que change vraiment l'offre entreprise
Elle éteint le risque de réentraînement et ouvre la voie à un contrat de sous-traitance. Elle n'éteint pas la question de l'extraterritorialité : un serveur européen détenu par un groupe soumis à une loi d'accès étrangère reste exposé.
ChatGPT est-il conforme au RGPD ?
L'outil n'est ni conforme ni non conforme en soi : c'est l'usage que le cabinet en fait qui l'est ou ne l'est pas. Quatre conditions doivent être réunies, et elles se vérifient sur pièces.
- Condition 1
Un contrat de sous-traitance signé
L'article 28 du RGPD impose un contrat écrit qui fixe l'objet, la durée, la nature et les instructions du traitement. Une page marketing qui promet la confidentialité n'est pas un contrat.
- Condition 2
Une base légale et une information
Le cabinet reste responsable de traitement. Il doit inscrire l'usage au registre, vérifier sa base légale et informer les personnes concernées, clients comme collaborateurs.
- Condition 3
Une clause de non-réentraînement
Écrite dans le contrat, pas annoncée sur un site. Elle se double d'une durée de rétention connue, idéalement nulle : ce qui n'est pas conservé ne peut pas fuir.
- Condition 4
Une maîtrise des transferts
Un hébergement européen ne suffit pas si la maison mère relève d'une loi d'accès extraterritoriale. C'est la nationalité du contrôle qui décide, pas celle du centre de données.
Que dit votre ordre sur l'IA générative ?
Aucune des trois professions n'interdit l'IA. Toutes les trois rappellent que le secret ne se délègue pas et que la responsabilité de la pièce produite ne se partage pas.
Avocats
Guide du CNB, 17 mars 2026
Le Conseil national des barreaux admet l'IA sous deux garde-fous cumulatifs : pseudonymiser les données avant toute saisie, et n'employer que des outils hébergés en Europe. Le secret reste couvert par l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971.
Experts-comptables
Ordonnance du 19 septembre 1945, article 21
Le professionnel et ses collaborateurs sont tenus au secret pour tout ce dont ils ont connaissance dans l'exercice de leur mission. L'obligation vise aussi les salariés du cabinet : une interdiction orale ne suffit pas, il faut une charte écrite.
Conseillers en gestion de patrimoine
Devoir de confidentialité et RGPD
Les données patrimoniales sont directement identifiantes et souvent sensibles au sens du RGPD. La pseudonymisation y est plus difficile qu'ailleurs, ce qui pousse plus vite vers l'exécution locale que dans les deux autres professions.
Comment garder le gain de temps sans la prise de risque ?
Interdire ChatGPT ne règle rien : l'équipe l'utilisera quand même, depuis son téléphone, sans trace. La seule sortie est de donner un outil qui fait le même travail et qui ne sort pas.
Le raisonnement tient en une phrase : ce n'est pas l'intelligence du modèle qui pose problème, c'est le trajet de la donnée. Un agent installé dans le cabinet rédige la même synthèse, relance le même client et classe le même courrier, sans que la pièce quitte le périmètre.
En pratique, on ne bascule jamais tout d'un coup. Le cadrage écrit répartit les process en trois familles : ce qui peut aller sur une IA hébergée en France sous contrat, ce qui doit rester local, et ce qui ne doit pas être automatisé du tout. Cette répartition est décidée par le cabinet, pas par nous, et elle est révisable.
Une charte d'utilisation accompagne toujours l'installation. Elle nomme les outils autorisés, désigne un référent, décrit ce qui doit être pseudonymisé et rappelle que la validation humaine reste obligatoire sur toute pièce qui sort. C'est aussi la première brique de la littératie IA exigée par le règlement européen depuis le 2 août 2026.
Les six questions posées à chaque audit
Est-il illégal de mettre un dossier client dans ChatGPT ?
Depuis un compte grand public et avec des données identifiables, oui : c'est une révélation d'information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire, sanctionnée d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende par l'article 226-13 du Code pénal, à quoi s'ajoute le risque disciplinaire devant l'ordre. Le caractère gratuit de l'outil, l'absence de préjudice constaté et la bonne foi du collaborateur ne sont pas des causes d'exonération. En revanche, un dossier correctement pseudonymisé avant la saisie ne révèle rien d'identifiable et sort de ce champ.
ChatGPT est-il conforme au RGPD pour un usage professionnel ?
L'outil n'est pas conforme ou non conforme en lui-même : c'est le traitement mis en place par le cabinet qui l'est. Quatre éléments doivent être réunis. Un contrat de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD, signé avec l'éditeur, ce que les offres grand public ne permettent pas. Une inscription au registre des traitements avec une base légale identifiée. Une information des personnes concernées. Et une maîtrise des transferts hors Union européenne, y compris quand le serveur est en Europe mais la maison mère soumise à une loi d'accès étrangère.
Un avocat peut-il utiliser ChatGPT sur un dossier ?
Le guide du Conseil national des barreaux du 17 mars 2026 ne l'interdit pas, mais le conditionne à deux garde-fous cumulatifs : pseudonymiser les données avant toute saisie, et n'employer que des outils hébergés en Europe. Le secret de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 couvre les consultations, les correspondances et les pièces du dossier, en conseil comme en défense, sans exception d'urgence. La responsabilité de la pièce produite reste entière : une erreur du modèle est une erreur de l'avocat.
Un expert-comptable peut-il utiliser ChatGPT sur une liasse ?
Pas depuis un compte grand public avec la raison sociale et les chiffres du client : l'article 21 de l'ordonnance du 19 septembre 1945 tient le professionnel et ses collaborateurs au secret pour tout ce qu'ils apprennent en mission. L'obligation vise nommément les salariés du cabinet, ce qui rend la charte écrite indispensable. Un usage reste possible sur des données pseudonymisées, ou sur une offre professionnelle sous contrat, ou encore sur un modèle exécuté dans les locaux du cabinet.
L'offre entreprise de ChatGPT suffit-elle à protéger le secret ?
Elle change beaucoup de choses et n'en règle pas une. Les conditions professionnelles excluent la réutilisation des saisies pour l'entraînement et ouvrent la voie à un contrat de sous-traitance : c'est le minimum, et il faut le signer, pas seulement le lire. Reste la question de l'extraterritorialité, qu'un hébergement européen n'éteint pas quand la maison mère relève d'une loi d'accès étrangère. Pour les process courants c'est recevable ; pour un contentieux en cours ou un dossier patrimonial nominatif, seule l'exécution locale est étanche.
Faut-il interdire ChatGPT dans le cabinet ?
L'interdiction sèche ne tient pas : elle déplace l'usage vers les téléphones personnels, où il devient invisible et donc ingérable. Ce qui fonctionne est un cadre écrit en trois temps. Une charte qui nomme les outils autorisés et désigne un référent. Un tri des process entre ce qui peut sortir sous contrat, ce qui doit rester local et ce qui ne s'automatise pas. Et un outil interne qui rend le même service, sinon l'équipe contournera la règle pour de bonnes raisons.
Pour aller plus loin
- IA et secret professionnelLes textes, les cas de violation et les trois niveaux de protection, en détail.Lire la page
- Où vivent vos donnéesCloud français, hybride ou full local : comment le choix se fait process par process.Lire la page
- La charte d'utilisation de l'IALe document qui cadre l'usage dans le cabinet, et ce qu'il doit contenir.Lire la page
Savoir ce que votre cabinet a le droit d'automatiser prend trente minutes
On passe vos process en revue, on repère ceux qui font sortir des données du cabinet aujourd'hui, et on vous dit lequel installer en premier. Sans engagement.
Qui écrit cette page
Kiswen Nikiema
Fondateur de Process Efficace (Kiem'Group)
Ex-OCTO Technology (Accenture), business developer et consultant IA. Il cadre les usages d'IA des cabinets soumis au secret professionnel : ce que le cabinet a le droit d'automatiser, avec quel hébergement, et ce qui doit rester entre des mains humaines.
- Ex-OCTO Technology (Accenture)
- Consultant IA depuis 2022
Page revue chaque trimestre, et à chaque évolution du droit applicable.
Sources et références
- Légifrance, article 226-13 du Code pénal (révélation d'une information à caractère secret)
- Légifrance, article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 (secret professionnel de l'avocat)
- Légifrance, ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, article 21 (ordre des experts-comptables)
- Conseil national des barreaux, guide déontologie et intelligence artificielle (17 mars 2026)
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 28 (obligations du sous-traitant)
- CNIL, recommandations sur l'intelligence artificielle et la protection des données
- Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle